Lèvres floues [FR]

Les premières Lèvres floues sont apparues alors que l’artiste était encore étudiante à l’école des arts décoratifs de Genève (actuellement HEAD). Initialement, il s’agissait d’un travail photographique évoquant la succession d’images sur une pellicule de film. Au fil de chaque séquence, le plan se rapprochait du sujet – des lèvres – tout en accentuant l’effet de flou.

C’est en 2016 que l’artiste décide de retravailler ce concept mis de côté pendant de nombreuses années. Ses toiles retranscrivent dès lors une sensualité douce et enivrante. Le cadrage serré confère aux images une aura intime et le format carré rappelle celui des Polaroïds, comme s’il s’agissait d’images volées. 

Pour l’artiste, la bouche apparaît comme l’ambassadeur de notre propre sensualité. Cet orifice, exposé aux autres, est au coeur de notre communication. Il est autant impliqué dans notre vie publique qu’au coeur de notre vie intime. Par le langage du corps, nos lèvres révèlent nos désirs au travers de subtils détails. C’est dans notre capacité naturelle à percevoir ces derniers qu’opère la magie de la séduction. La bouche est donc un organe à l’avant-poste de notre sexualité, une fenêtre ouverte sur un champ des possibles, permettant d’esquisser son consentement ou son refus mais aussi de l’exprimer de façon univoque par la parole.

Les toiles de Carine Bovey cadrent donc sur la beauté de ces détails.

L’idée de capter l’émotion d’un instant se ressent également par l’effet de flou. A la différence de la photographie qui est instantanée, la peinture nécessite du temps. L’acte de peindre représente donc en soi une manière de sublimer l’instant. 

Avec ces réalisations, l’artiste met aussi en lumière la sensualité et l’érotisme au travers de son propre regard féminin. On le ressent surtout dans le choix des couleurs. Le flou ajoute de la douceur et de la pudeur à l’image. L’éclairage rosé, que l’on retrouve dans la plupart des oeuvres de l’artiste donne une esthétique assez féminine proche des filtres utilisés par les blogueuses. 

Se réapproprier l’érotisme féminin est essentiel pour l’artiste, qui considère que les femmes ont le droit de disposer de leur corps comme bon leur semble. La mise en scène d’une partie du corps féminin revendique une féminité forte et assumée, mais aussi une liberté de parole et d’action. La femme n’est plus assujettie, elle est maître de la situation. Elle assume sa propre sensualité et peut librement l’exprimer. C’est elle qui mène le jeu et choisit l’image qu’elle veut renvoyer aux autres.

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